Le secrétaire américain au Trésor, Steven Mnuchin, a récemment tenu une séance d’information sur la réglementation de Bitcoin et de la Libra de Facebook pour signaler l’usage abusif des crypto-monnaies sur les réseaux sociaux dans le cadre d’activités criminelles, mais également désensibiliser les gens des crypto-monnaies car celles-ci représentent de sérieuses menaces pour le système financier. Mnuchin a expliqué que la décentralisation et que le pseudo anonymat que permet le Bitcoin permet de contourner trop facilement les réglementations mettant en péril la sécurité de l’économie.

Le Trésor sur Bitcoin

Mnuchin a d’abord souligné que les bitcoins et autres crypto-monnaies anonymes sont souvent utilisées par les criminels qui cherchent à contourner les contrôles américains :

“Je me concentrerai principalement sur les graves préoccupations du Trésor face à l’utilisation abusive croissante de la cryptocriminalité par les blanchisseurs d’argent, les financiers du terrorisme et d’autres mauvais joueurs.”

“Des crypto-monnaies comme le bitcoin ont été exploitées pour soutenir des milliards de dollars d’activités illicites comme la cybercriminalité, l’évasion fiscale, l’extorsion, les rançons, les drogues illicites et la traite des personnes. Beaucoup de joueurs ont utilisé la cryptocriminalité pour soutenir leur comportement malveillant – c’est en effet un problème de sécurité nationale.”

Une telle opinion venant du trésor américain n’est pas surprenante surtout lorsque nous prenons le cas de Silk Road, le principal marché numérique à accepter les bitcoin dans le cadre d’échange de produits et services illicites. Ce site a par conséquent contribué à la démocratisation des crypto-monnaies.

Ce que Mnuchin oublie de dire sur le bitcoin, c’est surtout que le bitcoin est bien plus facilement traçable que la monnaie fiduciaire, et c’est là même l’objectif auquel la technologie de la blockchain répond. Selon des études, en 2017, la part des activités illégales financées avec le bitcoin représente moins de 1% des transactions totales.

“Si vous pensez que vous allez utiliser Bitcoin pour aller sur la toile noire… vous allez vous faire prendre,” affirme Mnuchin.

Au vu de ce que je viens d’écrire juste avant, Mnuchin n’a pas tort sur ce point car il est assez simple pour les spécialistes de tracer grâce à la blockchain, de connaître toute l’histoire d’un bitcoin.

Le Trésor a clairement exprimé son opinion. Qu’il s’agisse de Bitcoin ou de Facebook, les personnes utilisant la technologie Blockchain doivent respecter les mêmes lois anti-blanchiment d’argent et se conformer aux mêmes règles que les banques. Sachant que l’idéologie même de la blockchain est la rébellion contre les banques et le système financier, le gouvernement américain risque de rencontrer de nombreuses difficultés.

Pour atteindre ces objectifs, les États-Unis feront tout ce qui est en leur pouvoir pour s’assurer que la cryptocriminalité est réglementée tant à l’échelle nationale qu’internationale.

“La réglementation ne s’arrête pas à la frontière américaine. Le GAFI, connu sous le nom de ” normalisateur mondial ” en matière de LBC/FT[loi de 2009 sur la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme], a adopté des mesures globales sur la manière dont les pays doivent réglementer et surveiller les activités et les prestataires dans l’espace. C’est un grand pas vers l’harmonisation des réglementations internationales concernant les crypto-devises.”

Le ministère du Trésor a également récemment organisé le groupe de travail du Conseil de surveillance de la stabilité financière (FSOC) sur les actifs numériques, qui permet aux principaux organismes de contrôle tels que le FinCEN, la Réserve fédérale, la CFTC et la SEC de travailler ensemble pour combattre les ” risques ” engendrés par les crypto-monnaies.

Le principal objectif étant de maintenir la prédominance du dollar comme monnaie de réserve mondiale et d’assurer la sécurité des systèmes financiers américains.

“Le Trésor prend très au sérieux le rôle du dollar américain comme monnaie de réserve mondiale. Nous poursuivrons nos efforts pour protéger notre pays et sécuriser les systèmes financiers américains.”

Cela fait comprendre que le gouvernement exprime son inquiétude au fait que Bitcoin et la Libra de Facebook aient le potentiel de compromettre la stabilité du système économique. Allons un peu plus loin, pourquoi la première puissance mondiale s’inquiète autant du potentiel des crypto-monnaies et pourquoi joue-t-elle autant avec la cryptocriminalité alors que la part des transactions illégales est largement minoritaire. La raison est que nous sommes en phase de connaître une révolution financière et que pour une fois c’est le peuple qui possède un meilleur rapport de force. Cela exprime quelque part que le ras le bol du peuple concernant les inégalités.  Pour contrer cet évènement, le gouvernement américain a prononcé les phrases suivantes auprès des investisseurs en cryptos :

“Je leur dis d’être prudents. Ils devraient expliquer clairement pourquoi ils investissent en eux. Il y a beaucoup de bonnes choses dans lesquelles investir, évidemment, nous le savons. Notre problème numéro un est le suivant : nous ne voulons pas que de mauvais acteurs utilisent des crypto-monnaies. Dans une large mesure, ces crypto-monnaies ont été dominées par des activités illicites et la spéculation, nous nous assurerons que le grand public et les investisseurs comprennent dans quoi ils investissent et si c’est la SEC ou d’autres organismes de réglementation, qu’il y a divulgation adéquate”.

Préoccupations sérieuses au sujet de la Libra

Le département du Trésor a également exprimé de “sérieuses préoccupations” quant au fait que la Libra pourrait également être utilisée pour soutenir des activités illicites sur les réseaux sociaux. Des représentants de Calibra, la filiale de Facebook chargée du développement de la Libra, ont eu plusieurs discussions avec les régulateurs jusqu’ici, selon Mnuchin.

“Les directeurs, ou au niveau des sous-ministres, nous avons eu de multiples réunions avec des représentants des organismes de réglementation de Facebook pour exprimer nos préoccupations.”

Mnuchin affirme que les sociétés de services financiers et les transporteurs de fonds cryptés sont soumis comme toutes les banques à des examens de conformité, en vertu de la loi sur le secret bancaire. Le Trésor n’autorisera pas les fournisseurs d’actifs numériques à “opérer dans l’ombre”.

Le gouvernement ne semble d’ailleurs pas apprécier le fait que les mastodontes du GAFA soient sur le point de privatiser l’argent en émettant leur propres monnaies.

“Je n’ai pas dit que j’étais à l’aise avec le lancement d’une monnaie sur Facebook. Je ne suis pas à l’aise aujourd’hui. Laissez-moi faire attention, comme je l’ai dit. Ils et d’autres ont beaucoup de travail à faire avant de nous mettre à l’aise.”

Cette position rejoint par conséquent l’opinion du président Donald Trump selon lequel “si Facebook et d’autres entreprises veulent devenir une banque, elles doivent demander une nouvelle charte bancaire et se conformer à toutes les règlementations bancaires.

 

“L’innovation financière ” responsable

Le Trésor a répété qu’il ne souhaitait pas mettre en péril l’innovation financière aux États-Unis et qu’il continuerait de permettre l’innovation tant qu’elle ne minerait pas l’intégrité du système financier comme c’est le cas des crypto-monnaies.

“Les États-Unis accueillent favorablement l’innovation responsable, y compris les nouvelles technologies susceptibles d’améliorer l’efficience du système financier et d’élargir l’accès aux services financiers. Cela dit, en ce qui concerne la Balance de Facebook et d’autres développements dans les crypto-monnaies, notre objectif primordial est de maintenir l’intégrité de notre système financier et de le protéger des abus.”

Dans l’ensemble, l’environnement réglementaire se veut un ” terrain de jeu égal ” pour tous les acteurs souhaitant opérer dans l’espace.

“Le but est d’uniformiser les règles du jeu. Que vous soyez MoneyGram, ou que vous soyez une banque, ou que vous soyez en ligne, ou que vous soyez PayPal. Les règles du jeu doivent être équitables. Encore une fois, ce que nous encourageons, et il y a eu beaucoup d’innovation financière en dehors des banques traditionnelles, pour les systèmes de paiement électronique. Beaucoup de gens utilisent les systèmes de paiement électronique en dollars très efficacement. Nous continuerons d’appuyer ces activités. Nous voulons que la technologie évolue.”

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